
Son allure tranche résolument avec celle des managers traditionnels allemands. Visage souriant, regard sûr de lui, tenue décontractée (polo, blazer et pantalon de toile), Oliver Blume, qui dirige l’ensemble des marques du groupe Volkswagen ainsi que Porsche, ne porte pas de costume classique. Un peu à la manière de Sergio Marchionne, le CEO de Fiat Chrysler Automobiles, qui a marqué toute une époque. Et c’est de manière tout aussi décontractée qu’il a répondu aux questions des journalistes qui l’assaillaient après la présentation du nouveau concept car ID. Every1, à Düsseldorf.
Après avoir rassuré les syndicats et les employés allemands du groupe en ne fermant pas d’usine en République fédérale, la mission d’Oliver Blume sera clairement de permettre au groupe Volkswagen de se maintenir à un niveau élevé de compétition dans le futur.
Il pourrait un jour réussir à atteindre le rêve caressé à l’époque par le mythique Ferdinand Piëch (héritier de la famille Porsche, principal actionnaire de la marque éponyme et du groupe Volkswagen) de poursuivre le développement international du Volkswagen Group, notamment aux Etats-Unis, dans le contexte tourmenté de la nouvelle Administration Trump.
Pour Design Magazine, Oliver Blume confirme : « Oui, nous avons des projets importants pour le marché nord-américain. Notre usine de Chattanooga au Tennessee est un élément important de notre dispositif de production pour répondre à la demande des clients américains. Nous avons également investi plus de 5 milliards de dollars dans Rivian, notamment pour disposer d’une infrastructure software particulièrement compétitive. Nous confirmons aussi notre objectif de construire une seconde usine aux Etats-Unis. Celle-ci verra le jour en Caroline du Sud et servira tout d’abord à la production des modèles qui présideront à la renaissance de la marque Scout (ndla : rachetée il y a quelques années par Volkswagen), qui utilisera notamment la technologie Rivian. »
A la question de savoir si d’autres marques du groupe produiront des véhicules aux Etats-Unis, afin d’éluder les taxes douanières, Blume répond : « Pour ce qui est de Porsche, cela n’a pas directement de sens pour le moment dans la mesure où notre succès aux Etats-Unis est très morcelé, en raison d’une gamme de modèles Porsche plutôt nombreux… Les volumes par modèle ne justifient dès lors pas nécessairement de produire localement. Par contre, nous voyons du potentiel pour développer la production de véhicules sous la marque Audi dans notre nouvelle usine de Caroline du sud, même si nous n’avons pas encore de décision ferme actuellement. »
Au total, l’investissement de VW aux Etats-Unis pour les prochaines années va atteindre les 15 milliards ! L’objectif à terme est de positionner le marché nord-américain plus haut dans les priorités de l’entreprise, d’autant que le succès en Asie (principalement en Chine) décline aujourd’hui. Après y avoir été le pionnier pendant plus de 20 ans, la marque se voit distancée par des start-ups locales très compétitives, qui pénalisent les marques « legacy » telles que Volkswagen ou General Motors… Volkswagen a ainsi investi 700 millions de dollars dans la marque Xpeng afin de se mettre à la page au niveau « software » pour la clientèle chinoise.
©DM11/03/2025 De notre envoyé spécial à Düsseldorf. Photos : ©Volkswagen